Prévisionnel financier sur Excel : construire le volet chiffré de son business plan
Modèle financier pour petite entreprise : business plan sur 36 mois — modèle Excel — Voir le modèle →
Le banquier, l'associé ou l'investisseur finit toujours par poser la même question : « Et les chiffres ? » Le prévisionnel financier est la partie du business plan qui traduit votre projet en euros : combien il faut investir, quand l'activité devient rentable, et surtout si la trésorerie tiendra pendant les premiers mois.
Ce guide présente la structure d'un prévisionnel sur 36 mois dans Excel, les formules clés et un exemple chiffré. L'objectif n'est pas de prédire l'avenir au centime près, mais d'avoir un modèle cohérent dont on peut faire varier les hypothèses.
Le principe : séparer les hypothèses des calculs
La règle d'or d'un bon modèle financier : toutes les hypothèses sur une feuille, tous les calculs sur une autre. Chaque chiffre saisi à la main se trouve à un seul endroit, idéalement dans une cellule de couleur. Quand le banquier demande « et si le CA était 20 % plus bas ? », vous changez une cellule et tout le modèle se recalcule.
Les hypothèses à réunir :
- les produits ou services : prix de vente, coût variable unitaire, volume du premier mois, croissance mensuelle, volume maximum réaliste ;
- les investissements de départ : matériel, travaux, dépôt de garantie, stock initial ;
- les charges fixes mensuelles : loyer, assurances, abonnements, salaires, rémunération du dirigeant ;
- le financement : apport personnel, emprunt (montant, taux, durée) ;
- la saisonnalité : un coefficient par mois de l'année (1 = mois normal, 0,7 = mois creux) ;
- la fiscalité : le mode d'imposition et son taux.
Étape 1 : le chiffre d'affaires mois par mois
Pour chaque mois : volume = volume de départ × (1 + croissance)^(mois − 1) × coefficient saisonnier, plafonné au volume maximum.
=MIN($B$5*(1+$B$6)^(C$1-1)*C$2;$B$7)
Le CA est ensuite volume × prix. Le plafond est important : sans lui, une croissance de 4 % par mois donne un volume multiplié par quatre au bout de trois ans, ce qui est rarement réaliste pour une boutique ou un atelier.
Étape 2 : du CA au résultat
La logique d'un compte de résultat simplifié :
| Ligne | Calcul |
|---|---|
| Chiffre d'affaires | volumes × prix |
| − Coûts variables | volumes × coût unitaire |
| = Marge brute | |
| − Charges fixes | |
| = EBE (excédent brut d'exploitation) | |
| − Intérêts de l'emprunt | |
| − Impôt | selon le régime choisi |
| = Résultat |
Étape 3 : l'emprunt
La mensualité d'un prêt à remboursement constant se calcule avec VPM :
=-VPM(taux/12;durée_en_mois;montant)
Pour 25 000 € sur 5 ans à 5 % : environ 472 € par mois. La part d'intérêts du mois n s'obtient avec =-INTPER(taux/12;n;durée;montant), et la part de capital avec PRINCPER. Dans la trésorerie, c'est la mensualité entière qui sort.
Étape 4 : la trésorerie, le vrai juge
Une entreprise rentable peut faire faillite si elle manque de liquidités. La trésorerie de chaque mois vaut : trésorerie du mois précédent + EBE − impôt − mensualité d'emprunt − investissements du mois.
Exemple. Une boutique démarre avec 15 000 € d'apport et 25 000 € d'emprunt, pour 35 000 € d'investissements : il reste 5 000 € en caisse. CA du premier mois : 8 000 €, croissance de 4 % par mois, marge brute de 60 %, charges fixes de 4 500 €.
| Mois | CA | EBE | Après mensualité | Trésorerie fin de mois |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 8 000 € | 300 € | −172 € | 4 828 € |
| 2 | 8 320 € | 492 € | 20 € | 4 848 € |
| 3 | 8 653 € | 692 € | 220 € | 5 068 € |
| 4 | 8 999 € | 899 € | 428 € | 5 496 € |
(Impôt ignoré ici pour simplifier.) La trésorerie reste positive, mais la marge est étroite : un premier mois creux à 70 % du CA prévu ferait perdre environ 1 440 € de marge brute. Repérer à l'avance le mois où le solde passerait sous zéro, et son montant, permet d'ajuster l'apport ou l'emprunt avant de démarrer.
Étape 5 : seuil de rentabilité et délai de récupération
- Seuil de rentabilité mensuel = charges fixes / taux de marge brute. Ici : 4 500 / 60 % = 7 500 € de CA par mois.
- Délai de récupération : premier mois où le flux de trésorerie cumulé du projet (EBE − impôt − investissements de départ, hors emprunt) devient positif. On le trouve avec
=EQUIV(VRAI;INDEX(C20:AL20>=0;0);0)sur la ligne du cumul.
Les erreurs fréquentes
- Une croissance sans plafond, qui rend les années 2 et 3 irréalistes.
- Oublier sa propre rémunération dans les charges fixes.
- Démarrer à plein régime dès le premier mois. Une montée en charge progressive est plus crédible.
- Ignorer les délais de paiement et la TVA sur la trésorerie : un modèle simplifié les néglige, gardez donc une marge de sécurité.
Le modèle prêt à l'emploi
Le Modèle financier pour petite entreprise : business plan sur 36 mois (payant) suit cette architecture : vous remplissez les cellules jaunes, le reste se calcule.
- « Hypothèses » : paramètres et régime fiscal, produits (prix, coûts, volume, croissance, plafond), investissements de départ, charges fixes, emprunt et saisonnalité.
- « Modèle » : 36 mois avec volumes, CA, compte de résultat, échéancier de l'emprunt, flux de trésorerie, seuil de rentabilité et flux de trésorerie cumulé.
- « Synthèse » : retour sur investissement, premier mois rentable, déficit de trésorerie et montant manquant, résultats sur trois ans, CA par produit et deux graphiques.
Pour l'impôt, vous choisissez un forfait sur le CA, un forfait sur CA moins charges ou l'impôt sur les bénéfices, avec vos propres taux. Le calcul est simplifié (sans cotisations, déductions ni report des pertes) : vérifiez les taux en vigueur dans votre pays. Le fichier fonctionne sous Excel 2007 et versions ultérieures et sous LibreOffice, sans macros, avec un modèle vierge et un exemple fictif.
Questions fréquentes
Sur combien d'années faire un prévisionnel ?
Trois ans est la durée la plus courante pour une création ou un projet d'extension. La première année se détaille mois par mois, car c'est là que se jouent les problèmes de trésorerie.
Comment rendre ses hypothèses crédibles ?
Justifiez chaque chiffre : devis pour les investissements, bail pour le loyer, étude de la concurrence ou premières ventes pour le CA. Un banquier préfère une hypothèse prudente et argumentée à un chiffre optimiste.
Faut-il présenter plusieurs scénarios ?
C'est très utile. Préparez au moins une version prudente : si le projet tient même avec un CA inférieur de 20 %, votre dossier est beaucoup plus solide.
Le prévisionnel remplace-t-il l'avis d'un expert-comptable ?
Non. Il vous aide à structurer et tester votre projet. Pour les aspects fiscaux et sociaux précis, l'avis d'un professionnel reste recommandé.
KHIZHNYAKOV